Translating the Printemps Érable

02 Feb 2013, Posted in Articles,Short FUSE, 0 Comments


By Anna Sheftel et Patricia Boushel

This FUSE article from issue 36-1 is available full-text online for your reading pleasure. If you like what you read, please consider subscribing to FUSE or making a one-time donation.

Translating the printemps érable est né au lendemain de l’adoption de la loi  spéciale du gouvernement libéral. Blogue relayant des traductions anglaises de matériel (écrit, audio, vidéo) originalement paru en français, Translating the printemps érable est rapidement devenu populaire auprès d’anglophones québécois-es impliqué-es dans le soulèvement, de francophones qui s’y référaient comme fil de nouvelles et de nombreux-ses internautes partout dans le monde. Agissant de manière anonyme afin de se protéger contre la loi 12, le collectif informel de plusieurs dizaines de personnes — dont certain-es membres habitaient à l’extérieur du Québec et d’autres qui se sont rencontré-es en personne plusieurs semaines après le début de l’initiative seulement — aura été à certains égards un microcosme de la lutte du printemps et de l’été 2012, où les relations d’amitié et de solidarité se sont constituées à travers l’action politique commune. Oscillant entre plateforme critique des médias anglophones et service de base, Translating the printemps érable témoigne de l’effectivité de la traduction en tant que geste politique. Le collectif Artivistic s’est entretenu, en personne et par courrier électronique, avec Anna Sheftel et Patricia Boushel, à l’automne 2012. Le texte suivant est une adaptation de l’entretien, qui peut être lu en entièreté sur le site Web de FUSE.

Anna Sheftel

 J’ai appuyé les étudiants depuis le début de la grève. J’avais un énorme respect pour la vision, l’éloquence et la solidarité des associations et de leurs membres. J’ai mis un carré rouge dans ma fenêtre. Je remarquais souvent que cette génération, plus jeune que la mienne, était en train d’accomplir quelque chose que nous n’avons pas pu faire. C’était inspirant. Mais je ne me suis pas impliquée dans le mouvement réellement avant le mois de mai. Je devenais de plus en plus inquiète face à l’arrogance et au paternalisme du gouvernement Charest envers un mouvement important, et face à la violence de la police contre les manifestants. J’habite près de la place Émilie-Gamelin et nos yeux brûlaient chaque soir à cause des bombes lacrymogènes lorsqu’on avait les fenêtres ouvertes.

Finalement, le 19 mai, la journée après que la loi spéciale est devenue réalité, je me suis sentie obligée de faire plus que pleurer dans mon salon. Le moment qui m’a galvanisée a eu lieu lorsque je me suis assise ce samedi matin avec mon conjoint et que je me suis mise à lire les éditoriaux au sujet de la loi spéciale dans Le Devoir et le Globe and Mail. Le Devoir avait publié une incroyable condamnation de la loi qui était éloquente et sans équivoque. Le Globe and Mail a publié une justification pour la suspension de nos droits démocratiques sur la base de mensonges qui voyaient les étudiants comme des animaux violents. J’étais horrifiée.

En tant qu’anglophone bilingue née à Montréal et qui a habité ici presque toute sa vie, ce n’était pas la première fois que je notais une différence idéologique entre les médias francophones et anglophones. C’est une réalité qui m’a toujours inquiétée. Mais cette journée-là, désespérée comme j’étais à cause de cette horrible loi, c’était trop. Alors la réponse naturelle nous semblait de traduire les médias francophones, ainsi que les récits des étudiants, les sources primaires du mouvement et les autres ressources importantes, en anglais, pour que le monde anglophone (ici, au Canada, et partout) soit capable de voir ce qui se passait – vraiment – ici.

Dans la description qui se trouve sur la page principale du blogue, j’ai mis une note spécifiant qu’il s’agissait de traductions d’amateurs (certains de nos bénévoles étaient des professionnels, mais la plupart d’entre nous ne l’étaient pas), réalisées dans un esprit de solidarité et de communication. On savait qu’elles étaient loin d’être parfaites, mais les traductions étaient précises et assez bien faites pour remplir leur rôle. On invitait aussi les gens à soumettre des corrections, et beaucoup l’ont fait. Alors même si notre approche était quick and dirty, on revenait souvent aux traductions déjà faites pour les affiner.

Lors de notre première réunion, un de nos traducteurs, Geoff, a décrit le projet comme un collective curation, parce qu’on était conscients qu’on ne faisait pas seulement de la traduction, mais on faisait aussi des choix. Le blogue était notre manière de dire : « Je pense que ce texte est essentiel – lisez ce texte ! »

Le projet a explosé parce que c’était quelque chose de nécessaire, et c’était le bon moment pour le faire. J’ai appris l’importance de pouvoir identifier quelle est la tactique appropriée pour quel moment.

Je crois que le mouvement a suscité une sorte de renouveau de beaucoup de sentiments divers – de l’identité québécoise gauchiste, d’un souverainisme fondé sur des idées de lutte sociale et, oui, aussi d’un nationalisme qui pouvait être xénophobe. Il faut absolument nommer et critiquer la dernière tendance, mais je suis aussi consciente de ne pas réduire toutes les manières dont le mouvement a revigoré les discussions sur l’identité québécoise et notre vision pour une société québécoise. J’espère que notre projet a démontré un peu de la diversité du mouvement. Nous avons traduit des critiques des points faibles du mouvement, certainement. Mais en même temps, je pense que, comme anglophone qui a étudié à Concordia, qui a enseigné à McGill, qui a un conjoint anglophone et beaucoup d’amis anglophones, j’espère que notre projet a aussi détruit le mythe que c’était un mouvement seulement francophone, nationaliste, etc. Je crois que c’est le mouvement le plus inclusif auquel j’ai jamais participé – et ce n’est pas pour dire qu’il n’y avait pas de problèmes, comme je l’ai mentionné. Mais comme beaucoup d’anglophones québécois, j’ai été éduquée à avoir peur de l’autre, à être terrifiée du souverainisme, etc. Et, pour la première fois de ma vie, j’ai marché dans la rue, comme une anglophone québécoise, à côté de militants qui portaient des drapeaux des Patriotes, et je n’avais pas peur, parce que je crois que la plupart d’entre nous étions capables de voir que notre lutte était plus grande que nos divisions. C’est ça, la solidarité. Il faut être critique et solidaire en même temps.

 Patricia Boushel

 La nuit du 19 mai, après avoir marché contre le projet de loi 78, lors d’un souper dans la cour d’une amie, juste au nord du Carré St-Louis, on est restés traumatisés par le bruit des hélicoptères à tel point que je n’acceptais plus d’avoir à seulement interpréter les faits de la situation pour ceux qui ne pouvaient s’approprier les sources plus solidaires. J’ai décidé que je devais utiliser mon bilinguisme pour fournir les informations sur un plan plus large. En cherchant en ligne un nom de blogue approprié, je suis tombée sur la première publication de Translating the printemps érable et, au lieu de faire compétition solitaire, j’ai naturellement prêté mon temps à cette initiative qui venait d’être lancée le jour même. C’est comme ça que j’ai rencontré Anna.

Le premier texte que j’ai voulu traduire dans le cadre du mouvement venait d’un prof de philosophie, Christian Nadeau. Il m’avait tant émue que j’ai voulu partager la passion qui manquait aux reportages anglophones. Ce désir est resté presque obsessif pendant les mois qui ont suivi, et je passais des journées de 18 heures à traduire non seulement des articles, mais des vidéos et entrevues audio, tout en discutant de leur nécessité avec Anna et l’équipe grandissante du blogue.

La traduction pour moi est un acte de partage, essentiellement, ainsi qu’un outil éducatif par sa capacité de dissémination. Dans le contexte qu’on vivait, alors que les nouvelles déferlaient à une vitesse furieuse, l’approche qu’on devait prendre, une qu’on n’aurait su prendre autrement, était de fournir des traductions au rythme où les publications originales sortaient, et ce, sans délai.

La vitesse faisait en sorte que la qualité de notre travail n’était pas tout à fait exceptionnelle, mais nous fournissions de la traduction d’urgence.

Ce qui m’a le plus surprise est l’échelle de ma propre politisation par le biais de mon implication dans le projet. Comme je l’ai mentionné ci-haut, je n’ai pas été très politisée jusqu’alors. J’avais même de la peine à en parler. Mais l’apprentissage d’un nouveau vocabulaire et de nouveaux espaces de partage (le blogue et la rue) m’ont poussée dans un nouveau chapitre personnel. Je ne désire pas perdre cet acquis. C’est un acquis collectif aussi, et nous devons le protéger.

Anna Sheftel est une historienne qui enseigne dans un programme d’études de conflit et qui recherche les manières créatives et parfois cachées qui seraient développées par les gens ordinaires pour porter leurs voix et soutenir la résistance lors des temps turbulents. Elle a écrit au sujet de l’humour comme outil de dissidence en Bosnie-Herzégovine, ainsi que du travail éducatif des survivants de la Shoah. Passionnée de l’idée qu’il y a maintes stratégies afin de lutter pour ce qui est juste, elle a fondé un blogue de traduction du mouvement étudiant, Translating the printemps érable.

Patricia Boushel a pendant longtemps produit des trucs culturels dans des musées, des temples maçonniques et des parcs (POP Montréal), parfois des films au sujet d’artistes méconnus et hardis (de façon indépendente & pour l’ONF), enseigne la langue québécoise à des Mile-Enders dans une école ad hoc, milite pour l’appropriation démocratique de l’espace public physique et virtuel (C.O.L.L.E., Open Source Movement), et a traduit les nouvelles de manière compulsive pour Translating the printemps érable.

Order FUSE 36-1/Promiscuous Infrastructures

Posting your comment...

Leave A Comment


Subscribe to this comment via Email

http://fusemagazine.org/wp-content/themes/press

Page optimized by WP Minify WordPress Plugin